Posture basse, tête abaissée dans les épaules, regard fixe, démarche lente et silencieuse… Votre chien semble prendre ses congénères pour des lapins. Approche qui laisse les autres chiens dubitatifs au mieux, apeurés la plupart du temps. Pire, il approche puis attaque en silence sans signaux de mise à distance préalables.

Agression ou prédation ?

Les patrons-moteurs de la prédation ont originellement pour but l’acquisition de nourriture ; regard, approche, course-poursuite, morsure, etc. le chien a pour but de se rapprocher et d’attraper la proie. L’agression, à l’inverse, a pour but d’augmenter la distance entre les sujets via l’expression de comportements menaçants (grognements, morsure dans l’air). Ainsi, un chien qui veut attraper une proie s’approcherait silencieusement et discrètement là où un chien qui veut éloigner un congénère chargerait bruyamment (aboiement, grognement). L’agression est déclenchée par des états émotionnels (frustration, peur, irritabilité, anxiété). En prédation, il n’y a aucune communication entre les sujets et l’attaque de prédation a longtemps été considérée comme dénuée d’émotions négatives.

Sans émotions, vraiment ?

Selon une publication récente, l’expression de comportements de prédation pourrait être déclenchée par la tension émotionnelle (stress) du sujet, causée par des émotions telles que la peur, l’anxiété et la frustration. La dopamine joue un rôle important dans la régulation de comportements de stress. Les chiens qui subiraient un conflit émotionnel ou une tension pourraient se diriger vers des comportements très gratifiants afin de restaurer le taux de dopamine et donc leur homéostasie émotionnelle. Ces comportements n’ont donc pas pour but d’éloigner le sujet qui a généré le stress mais viseraient à réduire la tension émotionnelle des individus.

« C’est normal, c’est un border » : non, si votre border approche ses congénères ainsi, c’est qu’il n’est pas à l’aise.

Pourquoi des comportements de prédation ?

Les comportements hypertrophiés par la sélection humaine (la fixation visuelle chez les borders, le fait de marquer l’arrêt chez les braques, etc.) font partie des comportements les plus gratifiants pour le chien, ils sont donc particulièrement efficaces pour booster la dopamine et restaurer l’homéostasie émotionnelle.

Il se pourrait également que des phases de la prédation puissent s’exprimer comme activités de substitution (comportements normaux exprimés dans un contexte inapproprié ; par ex renifler longuement un endroit où il n’y a rien, se gratter etc.) et seraient donc signe de conflit, anxiété et/ou frustration.

Que faire si notre chien approche ses congénères de cette manière ?

Si le chien paraît sociable par ailleurs, on note dans quelles circonstances cette approche arrive, on identifie ce qui stresse le chien. On travaille ensuite cette problématique comme la réactivité (désensibilisation, BAT, par exemple), et non comme la prédation, les deux problématiques n’ont finalement pas grand-chose en commun (Néanmoins je vous invite à noter si votre chien ne part pas plus souvent chasser quand quelque chose le stresse 😉). Si votre chien a déjà réellement attaqué et blessé des congénères de cette manière, sécurisez avec une muselière, promenez-le en longe (même en pleine forêt) et consultez un comportementaliste.

Sources :

d’Ingeo, S.; Iarussi, F.; De Monte, V.; Siniscalchi, M.; Minunno, M.; Quaranta, A. Emotions and Dog Bites: Could Predatory Attacks Be Triggered by Emotional States? Animals 202111, 2907. https://doi.org/10.3390/ani11102907

Matthijs B.H. Schilder, Joanne A.M. van der Borg, Claudia M. Vinke, Intraspecific killing in dogs: Predation behavior or aggression? A study of aggressors, victims, possible causes, and motivations, Journal of Veterinary Behavior, Volume 34, 2019. https://doi.org/10.1016/j.jveb.2019.08.002

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